Dans l’ensemble de ce document, BC signifie avant Jésus-Christ (before Christ),
et AD signifie après Jésus-Christ(Anno Domini). Par exemple :
750 BC : époque d’Ésaïe, au 8ème siècle avant Jésus Christ
1517 AD : début de la réforme luthérienne,
16ème siècle après Jésus-Christ
Introduction : pourquoi ?
Nous savons bien que la Bible que nous avons en main est un livre unique, le
Livre de Dieu, et cela nous suffit. Pourquoi donc s’intéresser à son Histoire
?
pour mieux apprécier l’action miraculeuse de Dieu qui a gardé son Livre
;
pour mieux comprendre parfois les allusions et recoupements d’un livre de
la Bible à l’autre ;
pour mieux comprendre des arguments parfois fallacieux auxquels nous aurions
à répondre dans le témoignage ou l'exhortation,
pour apprécier mieux encore la Bible comme cadeau de Dieu et de d’hommes
qui, au fil du temps, ont consacré leur vie, au sens propre, pour que ce Livre
nous parvienne.
Notre Bible est venue du fond des âges et a traversé bien des épreuves pour
nous parvenir. Dieu a pourvu à chaque époque des moyens techniques et humains
pour que cela soit possible. C’est en fait une longue suite de miracles.
Il s’agit bien sûr ici d’une approche, et non d’une étude approfondie d’ordre
archéologique, linguistique, littéraire ou autre. Un survol en somme, mais le
survol d’un paysage magnifique !
1) Repères bibliographiques
Une bibliographie est jointe en annexe. Elle donne un échantillonnage de livres
qui, à mon avis, méritent tous d'être lus.
J'ai toutefois coché avec trois étoiles ceux qui me semblent les plus importants
pour une première approche.
2) Les temps bibliques
A. Formation de l’Ancien Testament
1. Formation du texte lui-même
Il y eut sans doute très tôt des textes en partie écrits, en partie transmis
oralement, on ne peut trancher précisément. Nous savons en effet que l’écriture
existait bien longtemps avant Moïse, sous des formes diverses : pictogrammes
en Mésopotamie, à Sumer (le pays d’Ur, d’où sortit Abraham) dès 3000 BC , hiéroglyphes
en Égypte dès les débuts de la civilisation égyptienne. L’écriture alphabétique
quant à elle est apparue sans doute en Phénicie ou dans la région du Sinaï...
juste avant l’époque de Moïse (vers 1500 BC).
Peut-être déjà Abraham, par exemple, a-t-il fourni et transmis de premiers
matériaux décrivant son expérience et sa vie. Les textes d’alors pouvaient être
gravés sur la pierre, ou écrits sur des tablettes d’argile. Voir
Annexe 2.
Mais quoi qu’il en soit, le texte biblique proprement dit commence avec Moïse.
Il fut inspiré par le Seigneur pour transcrire ces premiers matériaux éventuels,
et les nouvelles révélations qu’il recevait. Le texte biblique, celui qui est
inspiré de Dieu et qui fait autorité est en effet à distinguer des moyens utilisés,
de l’état d’esprit ou même du fait que l’auteur comprend ou non la profondeur
de ce qu’il écrit. Ainsi Balaam, qui pourtant n’aurait sans doute pas voulu
que la bénédiction de Dieu soit sur Israël, a-t-il lui aussi, très indirectement,
fournit des matériaux à Moïse, qui, lui, a reçu de Dieu la pleine inspiration
pour les utiliser (Nb 23).
Moïse donc écrit le Pentateuque, et le peuple prend tout de suite, conduit
par Dieu, le sens de l’importance de ces textes, paroles de Dieu. A chaque époque,
le peuple d’Israël a de même reconnu que certains écrits prophétiques, historiques
ou poétiques font partie en fait du même livre : le livre de Dieu.
2. De quoi était composé la Bible des juifs (l’Ancien Testament) ?
Le tableau suivant fournit une chronologie de tous les livres de l’Ancien Testament
avec leurs auteurs, connus ou présumés.
Chronologie de la formation de l’Ancien Testament
groupe
de livres selon la classification
Livre
Auteur
(entre parenthèse s'il
s'agit d'une supposition historique)
Date (environ)
Observations
TORAH (Pentateuque)
Genèse
Moïse
1450 à 1400
Les livres ultérieurs de l’AT font allusion
à ce groupe de livres comme existant déjà et formant un tout cohérent
(Jos 1/5-8 ; IICh 34/14 ; IR 14/16 ; IIR 23/2 ; Ne 8/1 , 3,18) attestant
ainsi sa plus grande ancienneté.
Exode
Moïse
1450 à 1400
Lévitique
Moïse
1450 à 1400
Nombre
Moïse
1450 à 1400
Deutéronome
Moïse
1450 à 1400
NEBIIM (Prophètes)
Premiers prophètes
Josué
Josué
1370(env.)
Ces livres étaient connus pendant l’exil.
Juges
(Samuel ?)
1050 (env.)
1 et 2 Samuel (un seul livre)
(Samuel, Saül, David )
1030 à 950 (env.)
1 et 2 Rois (un seul livre)
(Jérémie ?)
vers 600
Derniers prophètes
Esaïe
Esaïe
740 à 680
Ezéchiel, Aggée, Zacharie et Malachie ont
été ajoutés au Canon dès le retour des juifs de Babylone
Jérémie
Jérémie
625 à 580
Ézechiel
Ézechiel
vers 590
Osée
Osée
760 à 710
Joël
Joël
entre
850 et 700 ?
Amos
Amos
780 à 755
Abdias
Abdias
585
Jonas
Jonas
800
Michée
Michée
740
Nahum
Nahum
700 à 615
Habakuk
Habakuk
627 à 586
Sophonie
Sophonie
630 à 620
Aggée
Aggée
520
Zacharie
Zacharie
520 à 518
Malachie
Malachie
450 à 400
KETUBIM (Écritures
ou Hagiographes)
Livres poétiques
Psaumes
(rassemblés par Esdras ?) David et autres auteurs
1050 et après
Ces livres ont été inclus au canon plus tard, après le retour.
Ils en faisaient clairement partie au moment de la traduction par les Septantes.
Proverbes
Salomon, Agur, Lemuel
950 à 900
Job
Inconnu
Incertain
MEGUILLOTH (Les Cinq Rouleaux)
Cantique des Cantiques
(Salomon)
950
Ruth
(Samuel ?)
1050 (env.)
Lamentations de Jérémie
Jérémie
586
Écclésiaste
Salomon
950
Esther
(Mardochée ?)
460
Livres historiques
Daniel
Daniel
590 à 535
Esdras et Néhémie (un seul livre)
Esdras
538 à 480
1 et 2 Chroniques
(Esdras< ?)
vers 500
Ainsi, tous les livres de l’AT sont déjà écrits au 5éme siècle BC.
Le canon constitué à partir de ces livres comprend, selon la classification
juive :
La loi ou TORAH,
Les prophètes ou NEBIIM
Les Écritures ou KETUBIM
Dans les bibles juives, on retrouve cet ordre, caractérisé par l’appellation
TANACH où l’on reprend les premières lettres de chacune des parties :
T(orah)N(ebiim)K(etubim).
Remarque :
Ce fait si simple que le livre de Dieu s’est constitué au fil des siècles
depuis des temps très reculés a été très contesté au 19ème siècle (Voir
§ 4 -B).
Contesté parce qu’il suppose l’action et la préservation miraculeuse de
Dieu ; contesté parce qu’il implique que Dieu a effectivement inspiré des prophéties
qui se sont réalisées bien longtemps après.
Aucun argument archéologique, historique ou linguistique ne démontre formellement
que cela est impossible. Chacun en convient. Mais pour dire que cela s’est fait,
il faut admettre que Dieu est Dieu, et qu’il a pu et voulu le faire : difficulté
insurmontable au coeur incrédule ! Pourtant ils ont bien essayé, savamment essayé
même! Mais leur échec même contribue à consolider notre position. Une fois de
plus.
On peut, par exemple, souligner que les écrits de la Bible ne contredisent
jamais les données historiques fournies par l’archéologie :
pas de fer au temps d’Abraham qui vivait à l’âge du bronze,
pratiques différentes et bien retracées des divers empires : Égypte,
Assyrie, Babylone.
conservation très précise des noms, par exemple de lieu ou de rois, comparativement
aux témoignages archéologiques retrouvés gravés dans la pierre. Ce fait apparaît
dans toute son importance quand on sait que d’autres textes, grecs ou arabes
ne donnent que très approximativement la transcription de ces noms.
Comment ces choses auraient-elles pu être réinventées des siècles après
sans erreurs ? Mais elles ont été authentiquement écrites aux époques qu’elles
indiquent.
Au bout du compte, l’Ancien Testament complet existait dans son intégralité
au retour de l’exil, du temps d’Esdras, vers 480 BC.
Cette division en trois grandes parties de l’AT se retrouve par exemple dans
la citation de Jésus (Luc 24/13 ).
Les juifs qui se réunissaient dans les synagogues au retour de l’exil, donnaient
une grande importance à la lecture des textes bibliques, qui est devenu l’élément
essentiel de leur culte. Ils ont donc apporté un grand soin à leur conservation.
Ainsi, JH.Guitton (voir bibliographie) cite ce passage
de l’historien Josèphe (fin du 1er siècle AD) :
« Depuis Artaxerxés jusqu’à nos jours, plusieurs livres ont été écrits ;
mais on n’a pas estimé qu’ils fussent dignes d’une confiance semblable à celle
qu’on accordait aux livres qui les ont précédés, parce que la succession des
prophètes a été interrompue. Telle est la preuve du respect que nous avons pour
nos « Écritures ». Bien qu’un long intervalle de temps nous sépare du temps
où elles ont été closes, personne n’a osé y ajouter, ou en enlever ou en transformer
une syllabe ; tous les juifs, dès le jour de leur naissance, sont poussés comme
par instinct à considérer les Écritures comme l’enseignement même de Dieu, à
leur rester fidèles et, s’il le faut, à donner joyeusement leur vie pour elles.
»
B. Formation du Nouveau Testament
Dès les débuts de l’Église primitive, à mesure que les apôtres et les témoins
oculaires de l’oeuvre de Jésus disparaissaient, il est apparu important de conserver
les écrits qui portaient le message exact de Jésus.
Pour ce qui concerne les évangiles synoptiques, il y eut sans doute une courte
phase de transmission orale des récits, sous forme de « péricopes », c’est à
dire petits passages destinés à être appris par coeur. De nouveau, des hommes
ont été inspirés. Ils ont parfois utilisé des sources, comme Luc le revendique
( Luc 1/1 et suivants), mais c’est le texte tel qu’il a été écrit par ces auteurs
qui a bénéficié de l’inspiration infaillible de Dieu.
Mais il y eu aussi, dès le début d’autres écrits intéressants mais non inspirés,
puis dans les siècles suivants toutes sortes de récits prétendant relater la
vie de Jésus ou les recommandations de tel ou tel de ses apôtres. Il a donc
fallu du temps pour que les textes inspirés, pourtant tous écrits et reconnus
dans une partie de l’Église avant la fin du premier siècle s’imposent et soient
reconnus par toute l’Église comme faisant partie de la Bible, c’est à dire du
« Canon ».
Pour reconnaître un livre du Canon, l’Église primitive a utilisé essentiellement
deux critères :
l’autorité apostolique, c’est à dire le fait que l’un des apôtres de Jésus
associe son autorité à celle du livre,
la valeur déjà reconnue au livre dans les églises locales qui en avaient
été les premières destinatrices. Ces livres ensuite, copiés avec grand soin,
s’échangeaient pour être lus plus loin. Voir par exemple Col 4/16 et 1Th 5/27.
Il est tout à fait remarquable, et c’est là un grand miracle de Dieu, qu’alors
que des tendances divergentes de toutes natures ont perturbé les premiers siècles
de l’Église, l’Écriture a pu faire son chemin et s’imposer aux yeux de tous.
Nous en voyons encore le fruit aujourd’hui. Dans toutes les branches, si diverses
par ailleurs, du christianisme, la Bible, elle, est unique (hormis les apocryphes
de l’AT, ajoutés par les catholiques et dont nous parlerons plus loin).
On peut résumer cette reconnaissance progressive des livres par les étapes
suivantes, d’où nous excluons les listes utilisées par des mouvements hérétiques
(gnostiques dont Marcion et autres) :
AD 100 : tous les livres du NT sont écrits et reconnus par une partie ou
une autre de l’Église.
AD 200 : le « Canon de Muratori » est en usage à Rome : Les quatre évangiles,
Actes, toutes les épîtres de Paul, Jacques, 1 et 2 Jean, Jude, Apocalypse
de Jean. Il nomme aussi des livres, sans les accepter au même titre dans le
canon : l’Apocalypse de Pierre et le «Pasteur d’Hermas » sont utilisés, mais
déjà considérés comme non canoniques.
AD 230 : Origène dresse une liste des livres reconnus dans les églises d’Orient
: Les quatre évangiles, Actes, toutes les épîtres de Paul, Jacques, 1 Pierre,
1 Jean, Apocalypse de Jean. Il mentionne que quelques-uns de ces livres, qui
pour lui sont canoniques, sont cependant encore en discussion : Hébreux, Jacques,
2 Pierre, 2 et 3 Jean, Jude. Ainsi la liste est de fait complète. Il en écarte
d’autres : le Pasteur d’Hermas, l’épître de Barnabas, l’enseignement des douze
apôtres (Didachê), l’évangile des Hébreux.
Ainsi, déjà à cette époque très précoce, le Canon était en grande partie le
même en Occident (Rome) et en Orient.
AD 340 : Eusèbe de Césarée (le fameux historien) donne la même liste qu’Origène,
en distinguant dans la partie en discussion les livres à exclure, dans laquelle
il cite l’épître aux Hébreux. Le Codex Sinaïticus (voir §4B)
date de cette époque.
AD 367 : le canon du Nouveau Testament est cité intégralement par Athanase.
Il sera confirmé par les conciles d’Hippone (393 AD) et de Carthage (397 et
419), mais il ne s’agit plus là que d’une confirmation.
Le fait que ces livres aient déjà depuis longtemps été reconnus, c’est ce qu’attestent
les écrits des Pères (c’est à dire les écrivains chrétiens qui ont marqués les
premiers siècles). En effet, on y trouve sous forme de citations la quasi intégralité
du NT !
C. « Aiguillages »
A partir du texte sacré, le Seigneur a permis que des voies parallèles, des
copies et traductions indépendantes, fassent leur chemin au cours des siècles
pour aboutir au bout du compte à une confirmation du texte lui-même. Citons
par exemple :
1. Le Pentateuque Samaritain
Nous connaissons bien par le livre des Rois (2R 17/24 à 41) et les évangiles
(par exemple Jn 4 et Luc 9/51 à 56), l’histoire des Samaritains. Il s’agit d’un
peuple issu d’unions mixtes entre israélites et assyriens déportés en Israël.
Après le retour des juifs de l’exil, les Samaritains s’en séparèrent complètement,
et ne reconnaissaient comme autorité que le Pentateuque (la Torah), qu’ils ont
gardé jalousement sans contact avec les juifs. Ce texte a été recopié indépendamment
pendant 1500 ans au mont Garizim, et concorde de manière remarquable avec le
texte conservé par les juifs. Il est encore en usage dans une petite communauté
de Samaritains. On l’appelle le « Pentateuque samaritain ».
2. Version des Septante
Il s’agit d’une traduction en grec de l’AT complet, demandée vers 250 BC par
Ptolémée Philadelphe, qui régnait à Alexandrie en Égypte, où la communauté juive
pourtant nombreuse ne comprenait plus vraiment l’Hébreux. Elle a été faite par
70 (septante) savants juifs. Elle jouera un très grand rôle dans la diffusion
de la Bible dans le monde d’alors, où le grec était la langue de la culture
et du commerce. C’est cette version qui est souvent citée par les auteurs du
Nouveau Testament, qui écrivent en grec.
3. Vulgate
Il s’agit d’une version en latin de l’AT et du NT, d’après les textes originaux
en hébreu et en grec. Elle a été faite par Jérôme de 382 à 420 AD. Cette version
en latin jouera un rôle considérable pendant tout le Moyen Age et jusqu’à nos
temps. Elle est assez fiable, quoique présentant des choix de mots parfois orientés
par les connaissances limitées ou même certaines options d’ordre théologique.
Deux exemples parmi beaucoup d’autres :
le Moyen-âge avait une conception erronée de l’espace et du cosmos, et il
croyait cette conception conforme à la révélation biblique. En effet la Vulgate
appelle l’étendue de Gen 1 « firmament », alors que le texte original ne suppose
pas cette étendue ferme et fixe.
la Vulgate prend souvent l’équivalent latin de « faire pénitence » alors
que le sens est « se repentir ». Toute la question du salut par les oeuvres
est donc en jeu.
Force est cependant de constater que cette traduction a été pendant de nombreux
siècles la seule lue par les érudits, au moins en occident, et qu’elle a permis,
malgré ses altérations, de donner accès à la Bible.
3) Les temps obscurs
A. Transmission de la Bible juive (Ancien Testament hébraïque)
Le canon complet de l’AT, tel que nous l’avons vu précédemment constitué définitivement
au temps d’Esdras, nous a été transmis par le soin d’hommes qui ont consacré
leur vie à ce travail.
1. Les scribes
Dans une première époque, du retour de l’exil jusqu’en 500 AD, c’est à dire
pendant presque mille ans, ce fut le travail des scribes ou sophérim. La Bible
parle de ces hommes, tant dans l’AT que dans les évangiles. Ils sont aussi appelés
docteurs de la loi. En plus du TANACH, mais jamais considéré sur le même plan,
ils recopiaient aussi d’autres livres, concernant les traditions et interprétations
de loi, et qui seront finalement rassemblés dans le Talmud. Ces textes, en particulier,
donnent les règles très strictes qui devaient être appliquées dans la recopie
des textes bibliques : en fait, on y mettait un soin inouï. Aucun autre travail
de ce type n’a jamais été entrepris sur une telle durée.
2. Les Massorètes
Vers 500 AD, il devient évident que l’hébreu en tant que langue n’étant plus
depuis longtemps parlé couramment, était de moins en moins connu des érudits
eux-mêmes. En particulier, la prononciation se perdait, d’autant que le cette
langue n’avait pas de voyelles.
De 500 AD à 1000 environ, deux grands centres d’érudition et de transmission
bibliques ont pris leur essor : l’un à Jérusalem et Tibériade, l’autre à Babylone.
Ces nouveaux scribes ont inventé les points voyelles, et fait un travail remarquable
pour éviter toute déviation du texte : notes en marges précisant la prononciation,
repères sur le nombre de mots, de lettres, etc. Ils ont pu ainsi éviter et donner
l’assurance de l’absence de toute évolution du texte sacré. Mais ils ont pris
grand soin de ne pas altérer le texte consonantique (les consonnes) lui-même.
Ce texte massorétique, ainsi figé, a pu traverser les siècles sans faille, comme
l’attestent les découvertes récentes (voir § 4B).
B. Transmission de la Bible chrétienne (AT et NT)
Pendant cette période du Moyen-Âge, et pour ce qui concerne nos pays occidentaux,
le principal support de la connaissance biblique a été la Vulgate, tant pour
l’AT que pour le NT.
Elle a été recopiée par les moines dans les monastères, avec une grande attention,
sans toutefois atteindre la précision du travail des Massorètes pour l’AT hébreu.
Elle n’était lue que dans certains milieux privilégiés, nobles ou élites religieuses,
mais l’église catholique en décourageait l’accès au peuple.
Certains rois de France, par exemple, en faisaient un usage personnel assidu.
Certains de ces rois ont même demandé que la traduction en « langue vulgaire
» (c’est à dire dans le français parlé de l’époque), soit faite. Ainsi Louis
IX, dit « Saint-Louis », emmenait avec lui en campagne une petite Bible latine
qu’il expliquait à ses officiers. C’est sous son règne que prit naissance la
première traduction française, vers 1250 : c’est la « Bible de l’Université
de Paris ». C’est dans cette Bible qu’est introduite pour la première fois la
division en chapitres par Etienne Langton de Cantorbery, chanoine qui enseignait
à Paris.
Le roi Jean le Bon quant à lui avait emporté sa Bible (en latin) à la bataille
de Poitiers en 1356, où elle fut prise par les anglais.
Charles V, son fils, avait lui aussi sa Bible, qui se transmit ensuite de roi
de France en roi de France jusqu’à Louis XIV !
Mais ne nous y trompons pas. La présence de quelques Bibles pour les érudits
des monastères, et dans les mains des familles royales ne suffisent pas à nourrir
un peuple : l’ignorance était donc grande.
Il aurait fallu, pour que le peuple soit vraiment nourri, des traductions en
langue vulgaire et que celles-ci soit répandues. Mais le concept même de traduction
n’était pas à l’époque très clair. Certains livres dans le français de l’époque,
mélangeant traduction biblique, avis, commentaires, légendes, etc., dits « bibles
historiales » ont pris cette place. Le plus connu de ce type de livres est la
« Bible » de Pierre Comestor (vers 1180).
Ainsi les érudits et les nobles avaient accès à la Vulgate, quelques privilégiés
aux bibles historiales, et l’église catholique décourageait de toutes façons
la diffusion large de vraies Bibles.
Dans ce contexte, à la suite de Pierre Valdo dans la région de Lyon vers 1190,
les vaudois ont entrepris de répandre des portions de l’Écriture en langue populaire
(provençal). Ils l’ont souvent payé de leur vie. Ces portions d’Écriture avaient
la forme de petits livres d’un format moitié environ d’un livre de poche. Mais
nous reparlerons des vaudois un peu plus tard (voir § 4.A.4).
4) Vers notre Bible
A. Retour vers l’original : 15ème et 16ème siècles
La sortie du Moyen-âge a été marquée par un retour à la Parole de Dieu. Nous
allons le résumer en retraçant la participation d’hommes que Dieu a particulièrement
utilisés pour ce faire.
1. Gutenberg : l’imprimerie
L’imprimerie est l’une des découvertes fondamentales qui ont fait faire des
bonds en avant à l’Histoire. Mais, bien sûr, elle a d’abord permis de faire
faire un bond en avant à la Bible. Il fallait des mois d’un travail précis et
fastidieux pour recopier la Bible en entier à la main.
Gutenberg, entre 1452 et 1455 fait sortir de presse le premier livre imprimé
de l’ère moderne : une magnifique Bible Vulgate. Elle est tirée en 30 exemplaires
sur parchemin et une centaine sur papier : elle est en deux tomes et comporte
1282 pages. Dans les 50 ans qui suivirent, des dizaines de milliers de portions
de la Bible ont été imprimés, en plus de six langues différentes, portant tout
à coup à un niveau jamais atteint le nombre de Bibles disponibles. La Bible,
livre de Dieu, va pouvoir réveiller le monde !
2. Lefèvre d’Étaples : une vraie traduction
Après une première tentative menée par Jean de Rely en 1496, la première traduction
qui ait eu un réel impact par le sérieux et le souci de l’exactitude est due
à Lefèvre d’Étaples.
Il publie une traduction en français, d’après la Vulgate de tout le NT en 1523.
Il indique dans cette édition diverses erreurs du texte latin par rapport au
grec. Il a ainsi ouvert la voie au concept de traduction d’après le grec, bien
qu’il n’ait pas franchi le pas jusqu’au bout. Remettre en cause la Vulgate!
Une vraie révolution! En 1528, c’est toute la Bible qui est ainsi traduite.
Lefèvre était un homme courageux, hors du commun, un homme de contrastes. Il
fut tour à tour persécuté jusqu’à être condamné au bûcher à cause de son action
en faveur de la Bible, (il sera épargné de justesse), et promu précepteur (professeur)
du fils du roi François 1er à cause de son érudition reconnue par toute l’Europe.
Mais il enseignait aussi la Parole de Dieu, et il eut parmi ses élèves de futurs
grands noms de notre récit comme Robert Estienne et Olivétan.
Lui-même, cependant, quoiqu’ayant eu une influence et un impact considérables
pour promouvoir la Bible, n’est pas pleinement entré dans la Réforme.
3. Érasme : le grand retour vers le texte grec
Pour vraiment retrouver la parole de Dieu, il faut retourner au texte original.
Cela fut un long cheminement.
Erasme était un grand érudit de Rotterdam en Hollande dont la réputation couvrait
toute l’Europe pour avoir remis à l’honneur le grec ancien, méconnu au Moyen-âge
Ayant retrouvé un manuscrit grec du 10ème siècle dans une bibliothèque de Bâle,
il le remet en forme, malheureusement à la hâte, et publie en 1516 une édition
bilingue grecque-latine. Ce texte grec fut corrigé et réédité de nombreuses
fois ensuite, par Erasme lui?même, et par d’autres aussi, pour finalement aboutir
en 1550 au texte grec imprimé par Robert Estienne, qui sera utilisé comme référence
jusqu’au début du 19ème siècle, et appelé « textus receptus », le texte reçu.
4. Robert Estienne : imprimer et rendre accessible
Rendre le texte biblique accessible. C’est le grand enjeu que comprit Robert
Estienne (1503 - 1559). On le connaît surtout comme imprimeur. Il est vrai qu’il
a imprimé de multiples éditions de la Bible, tant à Paris qu’à Genève où il
a dû fuir. En 37 ans de travail, il a publié 41 éditions des Écritures : 11
Bibles (8 latines, 2 hébraïques, 1 française) et huit Nouveaux Testaments (4
grecs, deux latins, 1 latin-français, 1 grec-français), sans compter ses autres
publications chrétiennes. Il s’est distingué par son souci de faire comprendre
le texte sans l’altérer. C’est ainsi qu’on lui doit la division de la Bible
en versets (1551). On lui doit aussi un index des citations de l’AT dans le
NT ainsi qu’une harmonie des évangiles.
Il eut beaucoup à lutter pour défendre tout son travail. Lui qui n’était ni
prêtre ni théologien a dû comparaître devant les plus hautes autorités religieuses
et politiques et défendre pied à pied la valeur de ses livres. Ce fut au péril
de sa vie, et le bûcher n’était jamais loin, mais le Seigneur l’a préservé.
5. Olivétan
Les Vaudois, oui, ceux-là mêmes qui depuis le Moyen Age vivaient une sorte
de Réforme avant l’heure, se réunissent en synode (sorte de grande Assemblée
Générale) en 1532 à Chamforan dans le Piémont. Ils ont invités des délégués
réformés. Dans leur soif de la Parole, eux si pauvres, proposent de financer
pour tous les francophones une vraie traduction, complète, d’après les originaux,
et ils demandent à leurs invités de se charger de ce travail. Quelle noblesse
!
Olivétan était homme d’une douceur légendaire et d’une grande culture. Il avait
amené à l’évangile son cousin, un certain... Calvin. Sollicité pour ce travail,
il hésite devant un tel honneur et une telle responsabilité, mais finit par
accepter et cette Bible fut éditée en 1535.
Elle a été ensuite revue plusieurs fois pour devenir la « Bible de Genève ».
Puis, elle a été reprise par Ostervald en 1744, alors qu’il avait 80 ans. Elle
fut ensuite révisée en 1910 pour donner la Bible synodale.
Ainsi la Bible d’Olivétan, et ses diverses révisions auront nourri le peuple
de Dieu pendant plus de trois siècles! Elle ne sera vraiment remplacée par de
nouvelles traductions qu’à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème :
Version Darby 1885 traduction littérale cherchant à reproduire la forme
du texte original.
Version Second 1873, 1880, 1910. Cette dernière version bénéficie également
de toutes les recherches et découvertes du 19ème siècle pour retrouver le
texte original, et se distingue par la clarté et la qualité de son style.
Remarque : La Bible chez les catholiques :
Nous l’avons déjà dit, l’église catholique, par principe, s’est toujours
vigoureusement opposée à la diffusion de la Bible, jusqu’à une époque récente.
Elle y voit la remise en cause de son « magistère », c’est à dire de l’autorité
qu’elle aurait, elle seule, pour donner la juste interprétation et la vraie
doctrine.
Mais devant la pression de la Réforme, il a fallu se déterminer clairement.
C’est ainsi qu’au concile de Trente, en 1565, une soixantaine de cardinaux réunis
ont pris une décision qui, avec le recul, paraît tout à fait étonnante. Ils
ont réaffirmé que la seule Bible inspirée de Dieu est la Vulgate, et que les
livres « apocryphes » font pleinement partie du canon. Rappelons qu’il s’agit
d’anciens livres juifs, authentiques certes, mais dont ni les juifs ni l’Église
primitive n’avait reconnu l’autorité. Ils ne se sont en fait introduits que
par l’intermédiaire des Septante et de la Vulgate (encore que Jérôme ne les
considérait pas comme inspirés). Ils véhiculent toute une confusion : quelques
fausses doctrines comme la prière pour les morts, mais surtout, ils « brouillent
les pistes » pour le lecteur sincère qui cherche la voie claire et sûre de Dieu.
Y mêler des livres non inspirés, si intéressants qu’ils soient au plan historique
ou littéraire, c’est en fait minimiser l’autorité biblique et ramener le livre
de Dieu à un recueil de traditions à interpréter.
5. Les colporteurs : diffuser la Bible
Revenons à notre 16èmesiècle en France. La Bible sortie de l’oubli, maintenant
accessible, doit être diffusée. Tâche difficile et périlleuse !. Elle fut entreprise
par de nombreux colporteurs qui parcouraient les routes de France en portant
des Bibles, souvent en provenance de Genève, les vendaient et expliquait le
salut en Jésus et la vraie foi à ceux qu’ils rencontraient. Ils furent souvent
torturés, brûlés même, partageant le même bûcher que leurs Bibles. Mais la Parole
de Dieu répandue a fait son travail et un peuple nombreux s’est levé pour le
Seigneur.
6. La Bible en Europe
Nous avons surtout suivi la progression de la Bible en français. Quelques mots
maintenant de son Histoire en Angleterre et en Allemagne. Dans ces deux pays,
la Bible a été traduite, et a eu une telle influence qu’on peut dire qu’elle
a façonné la langue elle-même !
En Angleterre
Il y eut deux premières tentatives : celle de Bède le Vénérable, qui a traduit
l’évangile de Jean en 735 AD, et plus tard celle du précurseur de la Réforme,
John Wycliffe (ou Wiclif), qui traduit la Bible entière, d’après la Vulgate,
en 1388.
Mais la première traduction d’après les originaux (textus receptus) est due
à Tyndale : 3000 exemplaires du NT en 1525, puis portions par portions, la presque
totalité de la Bible. Il fut brûlé vif en 1536, et cria sur le bûcher : « Seigneur,
ouvre les yeux du roi d’Angleterre ! Sa Bible, achevée par ses proches, fut
offerte à Henri VIII deux ans plus tard, et on connaît les évènements qui s’en
sont suivis !
Cette version Tyndale a été à la base de la version autorisée (Authorised Version
ou King James’Version), adoptée en Angleterre pendant des siècles, puis de la
version révisée (Revised standard version).
En Allemagne
Ici, bien sûr, l’honneur de traduire la Bible est revenu à Luther en 1521-1522,
au château de Wartbourg, où il avait dû se réfugier pour un temps. Cette traduction
a eu ceci de particulier qu’elle a contribué de façon marquante à figer la langue
allemande, et à lui donner ses lettres de noblesse.
B. De nouvelles attaques: 19ème et 20ème siècles
La Bible va traverser des combats d’une nouvelle nature : non plus le bûcher
pour un texte jugé dangereux, mais le dénigrement d’un texte qui interpelle.
Satan a voulu s’opposer à sa mise en forme dès l’origine, et il a échoué.
Il a contribué à déformer le texte en multipliant les erreurs et les ajouts
dans les versions parallèles : il a échoué. Les temps modernes des 19ème et
20ème siècles voient s’ouvrir des combats d’une autre nature, plus difficiles
encore peut-être, mais Dieu va déjouer l’ennemi par la fidélité de ses serviteurs
et par de grands miracles.
1. La Haute critique
La Bible est le message de Dieu. Elle parle de son essence (sa nature), de
sa souveraineté, de sa volonté, de son amour. Les grandes mutations au plan
des idées et de la politique (18ème siècle, siècle « des lumières » ; Révolution
), sont sans doutes la source des idées nouvelles en théologie aussi, de la
Haute critique. La Bible apparaît comme un bastion solide qu’il faut combattre
si l’on veut pleinement glorifier l’homme en quête d’autonomie. Il ne s’agit
plus de la critique textuelle, saine recherche, constamment plus précise, de
l’original. Il s’agit maintenant de contester l’authenticité du texte lui-même,
ses auteurs, puis son message. Derrière la Bible, c’est l’autorité même de Dieu
que l’on remet en cause.
Alors on va dire qu’en fait Moïse n’a rien écrit, que les prophètes n’ont rien
prophétisé, et que finalement les apôtres n’ont pas vraiment vu le Christ ressuscité.
Prenons l’exemple du Pentateuque. On affirme à partir de toutes sortes d’hypothèses,
très mal fondées, qu’il y a plusieurs auteurs, porteurs en fait de plusieurs
traditions. Tout cela aurait été arrangé et compilé bien plus tard, par exemple
du temps de Josias, ou par Esdras, qui aurait inventé la loi pour donner sa
pleine identité au peuple rentrant de l’exil ! Jésus lui-même se serait alors
trompé en parlant des livres de Moïse !
Cette façon de voir s’est développée progressivement, et a commencé à faire
son chemin en fait dès le 18ème siècle (Witter 1711, Astruc 1753). Dans les
années 1780, le terme de Haute critique est introduit, sous l’impulsion de J.G
Eichhorn. Disons pour simplifier qu’il y eut trois grandes théories :
la théorie « documentaire » : Eichhorn introduit l’idée qu’il y aurait eu
deux auteurs, dont on peut retrouver la trace à cause de l’emploi de noms
de Dieu différents. L’un utilise Jaweh (auteur J), l’autre Elohim (auteur
E). Devant les difficultés apparues avec une telle hypothèse, d’autres théologiens
ont ensuite surenchéri et ont inventé non pas deux auteurs, mais trois (E,J,P),
puis quatre ou cinq (E1, E2, J, P, D). Ces théologiens se sont beaucoup contredits,
pour ne pas dire embourbés, sans jamais arriver à une théorie unique. Certains
versets même ont été répartis entre plusieurs auteurs !
la théorie « du développement » : Wellhausen (1876), prolongeant en fait
des idées de Reuss (1834), défend l’idée que le Pentateuque s’est développé
et a évolué progressivement en fonction de l’Histoire du peuple d’Israël,
depuis la vie patriarcale jusqu’au culte unique. Cette théorie eut un grand
impact, mais l’archéologie lui a donné tort et elle est maintenant abandonnée.
la théorie « des formes » Gunkel (1911) avance un découpage du Pentateuque
en fonction des formes littéraires, en comparant le texte biblique à d’autres
textes et d’autres traditions ou religions anciennes. Mais il n’aboutit à
rien.
Toutes ces théories diverses se contredisent et alimentent le débat des théologiens.
Elle n’ont en fait qu’un point commun : contester la rédaction par un seul homme,
Moïse, sous l’inspiration de Dieu. Ces théories s’accordaient admirablement
avec d’autres grands courants de pensée du 19ème siècle : marxisme, darwinisme,
etc. : plus de Dieu, et bien sûr plus de Bible ! L’impact de ces théologiens
auprès du grand public s’explique par le fait qu’ils permettent de faire l’économie
de la vraie foi.
2. La réponse de Dieu
Dans ce contexte troublé, Dieu a magnifiquement répondu pour défendre sa Parole.
De deux façons :
a. Dieu suscite des hommes fidèles
Alors que la majorité des théologiens, malheureusement, s’embourbaient dans
la Haute critique, d’autres, moins nombreux il est vrai, mais tout aussi savants
pour le moins, se sont levés. Ils ont défendu la Bible, authentique Parole de
Dieu. Leurs écrits sont encore aujourd’hui une source de rafraîchissement et
de bénédiction. Citons par exemple, parmi de nombreux autres :
Constantin Tischendorf
Dès la fin de ses études de théologie, à 26 ans, ce passionné du texte biblique
entreprend une vaste recherche de tous les manuscrits anciens. A 29 ans, en
1844, il part pour les pays bibliques. La suite de ses découvertes et de son
travail est décrite plus loin à propos du Codex Sinaïticus.
Gaussen (1790 - 1863)
Ce remarquable érudit fut destitué de son ministère pastoral parce qu’il voulait
instruire seulement d’après la Bible reconnue comme littéralement inspirée,
et non selon les méthodes et doctrines de la Haute critique et de la Théologie
libérale. Il fonda la faculté de l’Oratoire à Genève, et écrivit un livre encore
aujourd’hui considéré comme un classique, « Théopneustie », où il a su défendre
pied à pied, avec beaucoup de talent, la Bible, Parole de Dieu. Notons au passage
que ce livre est encore très lu, alors que ceux de ses adversaires sont tombés
très vite en désuétude, et sont oubliés depuis longtemps.
Godet
e théolgien nous a laissé des commentaires imprégnés du respect de l’Écriture,
qui eux aussi ont contribué à maintenir et défendre efficacement les positions
évangéliques sur la Bible.
Robert D Wilson
Américain, érudit hors pair né en 1860, il a étudié de très nombreuses langues
de l’Antiquité, atteignant un niveau d’approfondissement rarement atteint. Il
a consacré tout son talent à la démonstration de l’authenticité des textes bibliques,
et a lui aussi contribué à défendre ces positions si essentielles pour l’Église.
b. des découvertes nouvelles
La remise en cause de principe de l’authenticité de la Bible avait pour elle
la tendance naturelle à l’incrédulité. Mais qu’allaient dire les faits ?
Les grands codex (parchemins en onciales)
Outre les milliers de manuscrits anciens disponibles, trois grands codex (voir
annexe 1) datant de l’Église primitive, pratiquement complets ont été retrouvés:
Le Codex Alexandrinus : En 1627, le patriarche de Constantinople (en
Orient, le texte grec a toujours été bien plus présent qu’en occident) offre
à Charles 1er, roi d’Angleterre, un très ancien manuscrit qui avait été écrit
à Alexandrie au 4ème siècle. C’est une Bible grecque, comprenant l’AT selon
les Septante et le NT. Ce texte fut publié au 18ème siècle.
Le Codex Vaticanus : Ce codex du 4ème siècle était gardé plus ou moins
secrètement par l’église catholique au Vatican. Il ne fut publié qu’en 1889-1890.
Ce codex avait pourtant été transporté, un peu comme un trophée, par Napoléon
au début du siècle, puis il avait « sagement » repris le chemin de Rome, avec
interdiction absolue à quiconque de l’étudier. Tischendorf lui-même ne put que
le consulter rapidement.
Le Codex Sinaïticus : La découverte de ce codex, presque complet lui
aussi, apparaît comme une légende, et cependant c’est une histoire vraie. En
1844, Tischendorf part pour le Proche Orient à la recherche de manuscrits bibliques.
Après bien des pérégrinations infructueuses, il arrive (par hasard ?) au couvent
Sainte Catherine, sur le Sinaï (construit en 565 AD par l’empereur Justinien).
Il remarque dans une corbeille de vieux manuscrits, des feuillets de parchemin,
qu’on s’apprête à brûler, étant jugés trop vieux pour continuer à être utilisés.
Il les examine et se rend compte qu’il s’agit de manuscrits parmi les plus anciens
que l’on connaissait alors. Il peut en emporter quelques pages mais pas la totalité.
Revenu dans le même monastère dix ans plus tard, il ne parvient pas à retrouver
les feuillets manquants. La veille de son départ, discutant à bâtons rompus
avec l’économe, celui-ci lui montre des manuscrits bibliques qu’il utilise lui-même
: c’étaient les feuillets manquants du précieux Codex. Il y eut de nombreuses
tractations et il a fallu l’intervention du tsar de Russie pour que Tischendorf
puisse acheter ces documents. Ils composent aujourd’hui le Codex Sinaïticus,
qui a été publié en 1868. L’URSS l’a revendu au British Museum de Londres à
Noël 1933 pour £ 100 000. Il est souvent souligné que ce codex pourrait être
l’une des 50 Bibles commandées en 331 AD par l’empereur Constantin à Eusèbe
de Césarée.
C’est ainsi, à l’aide en particulier de ces trois codex et de nombreux autres
manuscrits et citations que le texte très sûr du Nouveau Testament grec a pu
être brillamment confirmé, et les révisions nécessaires du Textus receptus apportées.
les papyrus (papyri)
Avoir des Bibles complètes (ou presque) du 4eme siècle, voilà un cadeau de
Dieu extraordinaire. Mais d’autres découvertes allaient venir.
C’est ainsi qu’une Bible grecque presque complète, sur papyrus, dont le Deutéronome
date du 2ème siècle, le NT du 3 ème, et le reste de l’AT des 3 ème et 4 ème
siècles fut découvert en 1931 en Égypte. On recule ainsi encore de presque un
siècle le plus ancien manuscrit du NT ! On l’appelle papyrus Chester Beatty,
du nom de la personne qui l’a finalement acheté aux bédouins arabes qui l’avaient
découvert. Il n’y a de nouveau pas de divergence significative avec le texte
connu.
Mais le plus ancien papyrus du NT date de ...120 ou 130 AD. Il a été découvert
en 1935, et contient quelques versets de l’évangile de Jean. C’est la preuve
indiscutable que celui-ci existait bien avant les dates qu’affirmaient les tenants
de la Haute critique : leurs théories extrêmes sur le NT s’effondrent !
les manuscrits de la Mer Morte
Mais ce n’était pas encore tout. En 1947, près de la Mer Morte, dans les grottes
de Qmram, un berger découvre dans des jarres de vieux parchemins cachés là.
L’examen a montré qu’il s’agissait d’écrits datant du 2ème siècle BC ou un peu
plus récents. Chose merveilleuse : ils contiennent des portions nombreuses de
la Bible, et en particulier un rouleau presque complet du prophète Esaïe. On
compare fiévreusement : miracle de Dieu ! Le texte confirme avec une étonnante
précision le texte hébraïque transmis fidèlement depuis plus de 2000 ans par
les scribes et les massorètes. Echec et mat aux détracteurs de la Bible !
C. Tous ces travaux, vers quelles conclusions ?
Après ces remises en cause, ces questions et ces réponses quelle confiance
avons nous dans notre Bible ?
Laissons parler des érudits. Tout d’abord Gaussen (Théopneustie p248) qui nous
dit, vers 1850 :
« Or, quoique toutes les bibliothèques où l’on peut trouver d’anciens exemplaires
des livres saints aient été appelées en témoignage ; quoique les éclaircissements
donnés par les Pères de tous les siècles aient été étudiés ; quoique les versions
arabe, syriaque, latine, arménienne et éthiopienne aient été collationnées,
quoique tous les manuscrits de tous les pays et de tous les siècles, depuis
le 3 ème jusqu’au 16 ème, aient été recueillis et mille fois examinés, par d’innombrables
critiques qui cherchaient avec ardeur, et comme la récompense et la gloire de
leurs fatigantes veilles, quelque texte nouveau ; quoique les savants, non contents
des bibliothèques de l’Occident, aient visité celles de la Russie, et porté
leurs recherches jusque aux couvents du mont Athos, de l’Asie turque et de l’Égypte
pour y chercher de nouveaux instruments du texte sacré, on n’a rien découvert,
dit un savant déjà cité, non pas même une seule leçon (une seule variante) qui
ait pu jeter doute sur un passage considéré auparavant comme certain. Toutes
les variantes, presque sans aucune exception, laissent intactes les pensées
essentielles de chaque phrase et n’ont rapport qu’à des points d’une importance
secondaire, tels que l’insertion ou l’omission d’un article ou d’une conjonction,
la position d’un adjectif avant ou après son substantif, l’exactitude plus ou
moins grande d’un construction grammaticale. »
Un savant plus récent, FF.Bruce, nous dit maintenant (1970) que l’on connaît
encore plus de manuscrits anciens (Les documents du NT, peut-on s’y fier ? p21)
:
« Quand nous avons à faire à des documents tels que ceux du Nouveau Testament
qui ont été copiés et recopiés des milliers de fois, la marge d’erreur de la
part des copistes est si grande qu’il est étonnant de ne pas trouver plus d’erreurs
qu’il n’y en a en réalité. En fait, le grand nombre de manuscrits, en même temps
qu’il accroît la possibilité d’erreurs de copie, accroît aussi, fort heureusement,
la possibilité de corriger ces erreurs, si bien que la marge d’erreur dans le
rétablissement des mots originaux est moins grande qu’on ne pourrait le craindre.
Elle est en réalité infime, et les quelques points au sujet desquels le doute
subsiste entre plusieurs lectures ne portent sur aucune question matérielle
de faits historique, ou d’éthique et de foi chrétienne. Citons ici, pour conclure,
le verdict de Sir F.Kenyon qui fut l’une des personnes les plus qualifiées à
se prononcer sur la valeur des manuscrits anciens : « L’intervalle entre la
date de composition des originaux et celle du plus ancien texte existant devient
donc si minime qu’on peut le considérer comme négligeable, et nous savons maintenant
en toute certitude que les Écritures que nous possédons aujourd’hui n’ont subi
aucune altération essentielle par rapport aux textes originaux. Nous pouvons
considérer l’authenticité ainsi que l’intégrité générale des livres du Nouveau
Testament comme définitivement établies. »
En clair, toutes les recherches menées ont permis de préciser le texte, mais
sans rien changer de vraiment significatif : La Parole de Dieu a été préservée.
Conclusion : et alors ?
Voilà. Notre rapide survol atterrit sur cette certitude : le Livre que nous
chérissons tant est bien le livre unique, le Livre pour lequel Dieu a déployé
les richesses de sa Providence.
C’est seulement grâce à cette Providence qu’il nous est parvenu comme il est,
si beau, si riche, si sûr, si puissant.
ANNEXE 1 : Bibliographie pour l’Histoire de la Bible
Cette bibliographie est purement indicative. Bien entendu, il ne s'agit pas
d'une liste complète des nombreux livres écrits sur ce sujet. Il s'agit d'une
sélection très limitée, avec ses arbitraires et le parti pris d’indiquer des
livres qui aideront le lecteur intéressé en lui donnant des regards complémentaires.
On trouvera d’ailleurs quelques indications sur l’intérêt et les difficultés
de chaque ouvrage cité. Les ouvrages marqués de trois étoiles sont ceux par
lesquels il faudrait commencer.
A. Ouvrages sur l’inspiration et l’autorité de la Bible
Ce thème n’est pas à proprement parler le sujet étudié. Mais les livres indiqués,
dans leur argumentaire, donnent des éléments importants pour notre sujet.
*** René PACHE : l’Inspiration et l’Autorité de la Bible
ditions Emmaüs, 280 pages
Ce livre, écrit en terme assez simple pour être lu facilement, est d’une grande
richesse. Il aborde divers thèmes...
Louis GAUSSEN : Théopneustie ou la pleine inspiration des Écritures
Editions Emmaüs, 542 pages
Voilà un livre magnifique qui ne manquera pas de récompenser ceux qui feront
l’effort de le lire. Très bien écrit, dans le style un peu vieilli du siècle
dernier, il développe un argumentaire systématique sur l’inspiration. Par rapport
à l’Histoire de la Bible, il nous montre « grandeur nature » quelle a été l’ampleur
du combat pour le livre de Dieu au 19ème siècle, et toute l’érudition de ceux
qui on su la défendre.
FF. Bruce : Les documents du Nouveau Testament, peut-on s’y fier ?
Editions TELOS, 157 pages
Un livre un peu difficile parfois. Mais il offre des éléments très approfondis
sur l’authenticité du texte du Nouveau Testament.
B. l’Histoire de la Bible à proprement parler
*** Willem J.J. Glashouwer : Sur les traces de la Bible
La Maison de la Bible, 175 pages
Un livre clair, résumé assez complet. D’une lecture agréable. Bien informé
et bien illustré.
D.Lortsch, mis à jour par J.M Nicole : Histoire de la Bible française
Editions Emmaüs (PERLE), 285 pages
Notre Bible en français à son histoire propre : ses héros, ses défenseurs,
ses martyrs. Ce Livre retrace tous ces événements et donne une analyse des diverses
versions disponibles.
Louise A. VERNON : Le Livre traqué
Le Phare, 156 pages
Un petit livre. En fait un roman qui retrace l’histoire de Tyndale, le célèbre
traducteur de la Bible anglaise. Écrit pour les adolescents, il peut être lu
par tous.
JH. Alexander : l’Histoire de la Bible
La Maison de la Bible
Livre intéressant pour une première information. Se lit facilement.
C. Autres ouvrages
W.H Guiton : Introduction à la Bible
Le Phare, 320 pages
Livre intéressant et synthétique pour une approche de chaque livre de la Bible.
Par rapport à notre sujet, les 44 premières pages apportent des informations
claires et utiles.
F.Godet : Commentaire de l’Évangile selon Jean
Éditions de l’imprimerie nouvelle, 2 tomes,1100 pages
Ce livre donne un aperçu de l’approfondissement biblique qu’ont eu ceux qui
luttaient contre la Haute critique. On peut puiser dans ce livre bien des précisions
pour comprendre mieux le texte de l’Évangile. La lecture est un peu difficile.
Les 40 premières pages sont très intéressantes en ce qui concerne l’authenticité
de l’Évangile
ANNEXE 2 : Les moyens techniques de transmission de
l’écrit
A. Pierres et tablettes
Dès la plus haute Antiquité (Sumer, env. 3000 BC), l’écriture apparaît sous
forme de symboles dessinés : les pictogrammes.
Le support de cette écriture est la pierre, par exemple sur les parois des
monuments, ou les tablettes d’argile, plus facilement transportables, devenues
d’usage très courant en Mésopotamie. On en a retrouvé un grand nombre, contenant
de très nombreux détails de la vie courante : lettres, comptabilité, devoirs
d’école.
Cependant la pierre est restée le support d’écritures que l’on voulait solennelles
et pérennes (ainsi, par exemple, les tables de pierre dont parle Esaïe Es 8/1).
B. Papyrus
Un progrès important est fait lors de l’apparition du papyrus. Il s’agit de
fibres d’une plante particulière, genre de roseau, que l’on faisait sécher au
soleil après les avoir croisés et pressés. Il fallait ensuite coller avec de
la mie de pain et aplanir au maillet. On obtenait ainsi une sorte de feuille
sur laquelle on pouvait écrire.
Ces papyrus sont apparus en Égypte également vers 3000 BC.
Ils pouvaient être conservés très longtemps dans des conditions particulières
d’absence d’humidité (comme par exemple au voisinage de la mer Morte) mais le
plus souvent n’étaient utilisables que quelques siècles.
Les feuilles de papyrus, une fois écrites, pouvaient être rassemblées autour
d’un bâton, constituant ainsi un rouleau. Ils étaient le plus souvent écrits
sur une seule face, mais pouvaient l’être sur les deux (cf. Ap 5/1). Ils pouvaient
avoir de 5 à 40 mètres de long.
C. Parchemins
Les parchemins sont apparus plus tard, aux alentours de la ville de Pergame,
d’où ils tirent leur nom, vers le 4ème siècle BC.
Il s’agit de peaux de mouton, de chèvre ou de veau (vélin), soigneusement nettoyées,
amincies, polies, et parfois peintes. Il est beaucoup plus souple et solide
que le papyrus
D. Papier
Le papier est apparu beaucoup plus tard, vers le 10ème siècle AD en Orient,
et en Occident trois siècles plus tard.
Il est fabriqué à partir d’une pâte, elle même faite de coton, chanvre lin
ou bois finement réduits en poudre.
E. Codex
Ce terme a plusieurs sens.
Au sens propre, il fait référence à une sorte de brochage de feuilles de parchemin
(plus rarement de papyrus) pour les présenter non sous forme de rouleau, mais
sous forme d’une sorte de livre.
Compte tenu de l’importance prise par certains codex anciens, on emploie quelquefois
le mot Codex pour désigner un texte de référence, quel que soit son support.
Ainsi le Codex est la liste des médicaments reconnus en France.
Mais dans le contexte de ce document, on parle souvent de codex particuliers
(Sinaïticus, Alexandrinus, etc.), bien qu’ils ne se présentent plus sous la
forme de codex. On en a que les feuilles séparées, portant parfois les traces
du brochage en marge.
F. L’imprimerie
Bien que connue en Chine depuis bien plus longtemps, elle fait son apparition
en Occident au 15 ème siècle (Gutenberg). Elle se caractérise par le fait que
l’on assemble des caractères en reliefs sur un support qui, revêtu d’encre,
sera pressé sur une feuille de parchemin ou de papier, pour reproduire le texte
beaucoup plus rapidement qu’en le recopiant à la main.
G. Disquettes et CD Rom
Surprenant ? Pourtant il me semble que les supports informatiques qui ont fait
leur apparition ces dernières années donnent de nouvelles possibilités d’utilisation
de l’écrit, dont l’avenir seul nous dira si leur importance sera de même ampleur
que l’invention de l’alphabet qui a permis à Moïse d’écrire son texte ou de
l’imprimerie qui a permis à la Bible de se répandre partout.